Navigation – Plan du site

AccueilNuméros96/3ArticlesDes innovations à la transition d...

Articles

Des innovations à la transition des systèmes alimentaires : comment penser les conditions et les modalités de leur changement d’échelle ?

From innovations to the transition of food systems: how to think about the conditions and modalities of their scaling up?
Elodie Valette, Olivier Lepiller et Veronica Bonomelli

Résumés

Pour penser l’impact des innovations alimentaires urbaines sur la transition écologique, il est nécessaire de traiter leur capacité à changer d’échelle. La capacité d’initiatives singulières à contribuer à la transition écologique est en effet faible si elles ne sont pas susceptibles d’être répliquées, imitées, amplifiées, soutenues. Quelles sont les modalités de diffusion de ces initiatives pour la transformation des systèmes alimentaires, en particulier à l’échelle territoriale ? Cet article illustre cette question à partir de deux cas d’étude issus du projet URBAL à Montpellier : un supermarché coopératif, et le programme municipal de restauration collective. Il aborde en particulier l’intérêt d’un ancrage territorial des trois formes de changement d’échelle (scaling up, out et deep).

Haut de page

Notes de l’auteur

URBAL (N° FC 2015/2440 - N° FDNC Ellgt 00063479) est soutenu dans le cadre de la “Thought for Food Initiative” d’Agropolis Fondation, de la Fondation Cariplo et la Fondation Daniel & Nina Carasso, à travers le programme « Investissements d’avenir » de l’ANR-10-LABX-0001-01. Plus d’informations sur www.urbalfood.org. La thèse de doctorat de Veronica Bonomelli est financée par le FNRS. L'application d'URBAL au programme Ma Cantine Autrement a été conduite par Marlène Perignon (INRAE, Moisa) et Olivier Lepiller.

Texte intégral

Introduction

1Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans des aires urbaines et cette part augmentera sensiblement d’ici 2050 pour atteindre les deux tiers. Par leurs modes de vie et de consommation, les urbains monopolisent les trois quarts de l’ensemble des ressources naturelles et sont responsables de 60 à 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (Un-Habitat, 2011). Néanmoins, si les villes concentrent les problèmes de durabilité, elles sont aussi des lieux d’innovations et peuvent contribuer à construire des systèmes alimentaires plus durables. Des initiatives portées par le secteur public (Friedmann, 2007 ; Reynolds, 2009 ; Dubbeling et al., 2009), privé (Brand, 2015 ; Reardon, 2015), ou les consommateurs eux-mêmes (Wertheim-Heck et al., 2014), se multiplient tant dans les villes du Nord que du Sud et proposent de nouvelles façons de nourrir les habitants des villes, dans une perspective de durabilité.

2(Bouchard, Evers, et Fraisse 2015) conçoivent l’innovation sociale comme une « intervention initiée par des acteurs sociaux pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution ou profiter d’une opportunité d’action afin de modifier des relations sociales, de transformer un cadre d’action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles. De ce point de vue [...] l’innovation sociale vise à modifier les cadres institutionnels qui façonnent les rapports dans la société ». Cette définition se rapproche de celle de Van den Bosch & Rotmans (2008) qui parlent d’« expérimentations de transition », pour qualifier les innovations sociales.

  • 1 À partir de quatorze cas d’étude dans le monde, URBAL (2018-2022) a développé et testé une démarche (...)

3Si on considère ces innovations alimentaires urbaines comme une variété d’innovations sociales portant des promesses de changement, il est alors inévitable d’aborder la question de leur capacité à changer d’échelle pour transformer les systèmes alimentaires urbains vers plus de durabilité. Cette capacité à contribuer à la transformation des systèmes alimentaires est en effet faible si elles ne sont pas susceptibles d’être répliquées, imitées, amplifiées, soutenues, diffusées, reliées entre elles. Cette capacité d’entraînement varie bien sûr en fonction de l’échelle elle-même des initiatives, des différences notables existant entre des initiatives très localisées de faible ampleur et des initiatives pensées à l’échelle d’une ville ou d’un territoire, souvent portées par des politiques publiques, comme les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) par exemple. Mais d’autres facteurs interviennent cependant dans le changement d’échelle, que cet article voudrait aborder à partir de deux cas d’étude étudiés dans le cadre du projet de recherche URBAL1 à Montpellier : un supermarché coopératif, La Cagette, et le programme municipal d’amélioration de la restauration scolaire, le programme Ma Cantine Autrement. Quelles sont les modalités de la diffusion de ces initiatives dans le cadre de la transformation nécessaire et attendue des systèmes alimentaires ? Comment le changement d’échelle est-il pensé et mis en œuvre par les acteurs de La Cagette et de Ma Cantine Autrement ? Quelles sont les difficultés ou limites rencontrées ?

4L’article propose dans une première partie une revue de littérature sur la question du changement d’échelle, en particulier en lien avec la question alimentaire. Il présente ensuite la méthodologie utilisée pour analyser les deux cas d’étude montpelliérains. Les résultats obtenus, développés dans une troisième section, sont ensuite mis en discussion. Nous abordons en particulier l’intérêt d’une articulation territorialisée des différentes formes de changement d’échelle, s’appuyant sur leurs complémentarités.

Les innovations alimentaires et les enjeux de leur diffusion

5Les enjeux de durabilité suscitent l’émergence d’une grande diversité d’innovations sociales proposant des pistes inédites de réponses à des besoins exprimés socialement. Dans le domaine alimentaire en particulier, des innovations visant à contribuer à la transition vers des systèmes alimentaires durables se multiplient. Au-delà des innovations techniques – évoquons par exemple les nouveaux procédés visant à remplacer la viande d’élevage par des préparations végétales qui lui ressemblent – qui se développent dans cette perspective, de nombreuses innovations sociales émergent, contribuant à une transformation des conceptions, des pratiques, des organisations ou des institutions de toutes les composantes du système alimentaire : production, transformation, commercialisation, consommation, recyclage.

6Le terme souvent utilisé est celui de transition des systèmes alimentaires, celle-ci étant entendue comme la « transformation des systèmes agro-alimentaires actuels pour un passage à des systèmes qui permettent d’atteindre plusieurs objectifs : la sécurité alimentaire pour tous, la satisfaction des préférences alimentaires des consommateurs, un niveau de vie décent pour tous les producteurs, la production de denrées dans respect des écosystèmes, l’atténuation et l’adaptation au changement climatique » (Gonin, 2021).

7Le principal enjeu pour ces innovations sociales est aujourd’hui de dépasser le cadre souvent local et socialement restreint de leur action pour contribuer à un changement plus large et devenir vectrices de transformation sociale. Les porteurs d’innovation, entrepreneurs sociaux, associations, bailleurs, autorités locales sont ainsi de plus en plus confrontés à la nécessité de mesurer et d’amplifier les impacts positifs de leurs actions.

8Comment s’opèrent ces changements d’échelle ? Les recherches ont depuis déjà longtemps rompu avec les premières analyses linéaires et rationalistes de la diffusion des innovations, principalement techniques, qui attribuent l’échec ou le succès d’une innovation à la mobilisation d’un seul acteur ou groupe d’acteurs (Geels et Schot, 2007) ; elles ont de la même façon délaissé les modèles épidémiques qui insistaient sur la diffusion mécanique des innovations (Hillier et al., 2004), ainsi que les approches se limitant strictement à des considérations techniques ou économiques (Audet, 2015). Les analyses par les systèmes d’innovation, apparues à la fin des années 1980, prennent en compte les effets des interactions entre différentes formes d’institutions et d’organisations, ainsi que les processus d’apprentissage et les capacités des acteurs impliqués (Smith et al., 2010), constituant un cadre d’analyse complexe et évolutif. Le changement d’échelle est alors perçu non pas comme le fruit de la somme d’actions individuelles mais bien comme celui d’un système reliant institutions, organisations, politiques publiques, etc.

9Dans cette même ligne, les théories de la transition cherchent à expliquer la façon dont s’opèrent les transformations majeures en proposant, notamment, une analyse multi-niveaux dite multi-level perspective (Geels et Schot 2007). Il s’agit de prendre en compte le caractère complexe, multi-acteurs et itératif du changement d’échelle, une transition procédant « toujours par transformations multiples, simultanées, interférant mutuellement et agissant à des niveaux variés allant du plus local au plus structurel et macrosociologique » (Audet, 2015, p. 80).

10Selon la perspective multi-niveaux, les transitions se produisent par le biais d’interactions entre trois niveaux structurels. A l’échelle méso, le régime socio-technique, composé de normes, règles, et d’institutions publiques et privées, définit et garantit la stabilité de l’orientation dominante des pratiques. Ces régimes ont une grande stabilité, et tendent à rejeter les alternatives, dans une dynamique de dépendance au sentier. A l’échelle micro des niches, des innovations sociales ou techniques émergent, qui se distinguent radicalement du système socio-technique dominant et sont susceptibles, via divers mécanismes de diffusion géographique, sectorielle, ou le soutien de politiques publiques, d’aller transformer le régime au niveau supérieur (Geels et al., 2017). Au niveau macro, le paysage (landscape) socio-technique représente le contexte global, environnement comprenant des tendances structurelles comme la démographie, les structures spatiales, etc. ou des événements faisant rupture, comme les guerres, crises économiques, etc. Pour résumer le processus de transition, le landscape et ses tendances lourdes exercent des influences sur le régime socio-technique, le déstabilisant, ou le confortant. Cette instabilité permet aux innovations de niche de profiter de l’ouverture de fenêtres d’opportunités pour transformer le dit régime. Mais les mécanismes par lesquels les innovations initient ces transformations ainsi que le rôle des acteurs dans ce processus restent peu explicités (Genus et Coles, 2008).

11La perspective multi-niveaux n’explicite pas non plus - ou peu -, la façon dont les innovations, l’échelle micro, s’organisent (ou non) pour transformer les régimes socio-techniques. La façon dont les innovations s’articulent, s’hybrident, se multiplient, s’amplifient, se répliquent reste peu analysée, tout comme les rôles complexes des différents acteurs dans ces processus multiples de changement d’échelle. La question de la spécificité des contextes territoriaux d’émergence et de développement des innovations intéresse néanmoins la ‘geography of sustainability transitions’ (Binz et al., 2020) qui invite à porter attention aux échelles, aux lieux et aux facteurs contextuels qui façonnent les transitions. Hansen et Coenen (2015, cités par Kohler et al., 2019) ont par ailleurs constaté qu'à côté de l'identification essentielle des facteurs locaux et régionaux qui contribuent à l'émergence des transitions de durabilité, l’analyse des réseaux d'acteurs se doit aussi d’intégrer des facteurs géographiques, qui façonnent les relations entre les différents types d’acteurs.

12D’autres travaux interrogent les diverses voies empruntées par les innovations de niche pour changer d’échelle. Ainsi, Van den Bosch et Rotmans (2008) et Moore, Riddell et Vocisano (2015) distinguent trois formes de changement d’échelle : le scaling out, mécanisme de diffusion horizontale, désigne la réplication de l’innovation dans d’autres contextes. Les organisations visent à toucher davantage de personnes et à couvrir des territoires plus larges, concentrant leurs efforts dans des processus de réplication ou de dissémination (Westley et al., 2011). Le scaling up renvoie à une diffusion verticale, les acteurs publics pouvant contribuer à la diffusion ou à la généralisation de l’innovation par une action directe ou indirecte. Ce mécanisme est justement celui de l’institutionnalisation de l’innovation à partir d’une niche dans un régime socio-technique. Le scaling deep évoque une adhésion croissante de communautés différentes, plus nombreuses et plus larges, aux normes et valeurs portées par l’innovation.

13Cette approche permet de distinguer différents processus de scaling et donc d'analyser leurs articulations. La question de l'ancrage territorial de l’articulation de ces processus de scaling demeure cependant. Localement, l'articulation de processus de scaling ne peut se comprendre sans se référer aux modes de gouvernance, aux institutions administratives et politiques, aux systèmes de relations et de complémentarité des acteurs économiques, à la composition sociale des populations, à la nature des terroirs, aux infrastructures et flux logistiques qui caractérisent un territoire. Tous ces éléments entrent en jeu dans le façonnage du changement d’échelle et dans l'articulation de ses trois principales formes. L'adhésion des populations locales à des valeurs, exprimées électoralement (scaling deep), peut par exemple faciliter le soutien politique à des innovations qui portent ces valeurs (scaling up), tout en favorisant la coopération entre des initiatives partageant des ambitions de durabilité communes au sein du système alimentaire local (scaling out).

14L’ancrage territorial n’évoque pas seulement la nécessaire contextualisation géographique de l’analyse des initiatives et des modes de leur changement d’échelle. La transformation des systèmes alimentaires, objet complexe, implique aussi le changement d’échelle d’innovations de natures très différentes, ce qui invite à prendre en compte les articulations, coopérations, compétitions, compromis entre ces diverses innovations interagissant (ou non) sur un même territoire (Gasselin et al., 2021). Des travaux ont ainsi montré que des niveaux élevés de confiance au sein des réseaux locaux peuvent faciliter le développement et la diffusion d'innovations (Hansen et Coenen 2015, cités par Kohler et al., 2019).

15Claire Lamine (2012) interroge en particulier l’intérêt d’un examen minutieux des dynamiques d’acteurs territorialisées à l’aune des problématiques spécifiques de l’agriculture et de l’alimentation, deux domaines liés qui renvoient à : « des processus de production non entièrement codifiables du fait de leur caractère organique et soumis aux aléas naturels, des consommateurs potentiellement plus directement impliqués du fait du caractère intime et symbolique de l’alimentation et de la familiarité relative de la production, une grande diversité d’acteurs impliqués » (Lamine, 2012, p. 143). Elle invite ainsi à mener l’analyse à une échelle territoriale, afin de préciser ces mécanismes et de « baser une objectivation des phénomènes d’interdépendance, de verrouillage, ou encore d’émergence ou marginalisation des voies alternatives à partir d’analyses documentaires et d’enquêtes » (Lamine, 2012, p. 143), ce qui conduit à éclairer le contexte d’émergence et de développement des innovations. La dimension normative d’une approche en termes de transitions (Raven et al., 2017) est également à prendre en considération, ce que permet une approche territorialisée : la conception de ce qu’est, peut et doit être la durabilité varie en effet significativement selon les différents territoires, et définit ainsi des priorités différenciées quant aux actions menées.

Matériel et méthode

16Nous proposons d’apporter une contribution à une approche du changement d’échelle incluant la dimension territoriale par une analyse de deux innovations montpelliéraine étudiées dans le cadre du projet URBAL. Celles-ci ont été choisies pour leur co-existence sur un même territoire, mais également pour une différence radicale, susceptible d’influer sur leur capacité à changer d’échelle. L’une est issue d’un collectif de citoyens tandis que l’autre est une initiative publique. Le levier de cette dernière pour un changement d’échelle porté par l’institution (scaling up) peut sembler plus important. Un examen fouillé des différentes actions menées en faveur du changement d’échelle par les deux initiatives permet néanmoins d’identifier une combinaison des trois formes de scaling, ainsi que les barrières et éléments facilitateurs s’y appliquant.

17La Cagette est un supermarché coopératif à but non lucratif créé en 2017, dont les membres participent au fonctionnement à raison de trois heures de bénévolat toutes les quatre semaines. En retour, ils accèdent à des produits alimentaires, d’hygiène et d’entretien vendus avec une marge unique de 23 %. Le supermarché, société coopérative dont le capital est détenu par ses membres qui sont tenus d’acheter des parts pour y entrer, emploie également sept salariés. La gamme de produits proposée regroupe des produits bio, locaux (issus de circuits courts), du vrac, et également des produits de grande consommation, de manière à proposer une large gamme de prix. L’objectif est de proposer une alternative à la grande distribution, accessible à tou•te•s, et de lutter contre les inégalités alimentaires. Ce dernier point recouvre plusieurs enjeux : du côté des consommateurs, permettre à chacun•e d’améliorer son alimentation quels que soient ses moyens et ses convictions. Mais l’action vise aussi à rémunérer justement les producteur•rice•s, ainsi qu’à co-construire des filières durables et transparentes, locales si possible. La gouvernance du supermarché est organisée sur un mode participatif et délibératif favorisant la décision par consentement. La prise d’initiative et la formulation de proposition par tou•te•s les membres est organisée à travers des comités que chacun•e•s peut rejoindre ou créer.

18Ma Cantine Autrement (MCA) est le programme d’amélioration de la restauration scolaire de la ville de Montpellier. En régie publique, la cantine municipale dessert aujourd’hui 89 restaurants scolaires, livre en moyenne quotidiennement 14 600 repas les jours d’école et 2 000 repas les mercredis et durant les périodes de vacances scolaires dans les centres de loisirs municipaux, soit environ 2 000 000 de repas servis par an. La livraison est assurée en liaison froide à partir d’une unité centrale de production unique. Ce programme propose depuis 2016 une série d’actions visant « l’optimisation de la restauration scolaire et la lutte contre le gaspillage alimentaire » dans les cantines des écoles primaires (maternelles et élémentaires). Un diagnostic réalisé en 2015 par la Direction de la Politique Alimentaire pointait d’importantes marges de progression dans ce domaine : surproduction au niveau de la cuisine centrale de l’équivalent de 124 500 repas par an, mais surtout gaspillage alimentaire de 157,5 grammes par repas produit (contre 130 grammes de moyenne nationale en 2015), soit 22 kg par élève par an - 33 % de la nourriture produite était ainsi gaspillée (Roudelle, 2019). A partir de ce diagnostic initial, la mise en place du programme a bénéficié d’un contexte favorable : engagement de Montpellier Méditerranée Métropole dans une politique agroécologique et alimentaire dès 2014 ; signature du Milan Urban Food Policy Pact dès son lancement en 2015 ; partenariats déjà existants entre la commune, la métropole et les nombreux instituts scientifiques sur les questions agricoles et alimentaires présents à Montpellier (INRAE, Cirad, Institut Agro-Montpellier SupAgro). Le programme MCA est conçu par la Direction de la Politique Alimentaire comme un système d’actions articulées entre elles, autour de quatre axes de travail : la politique d’achat alimentaire (structuration d’une filière de pain bio, plus de produits bio, locaux et avec signes de qualité, etc.) ; la gestion de la production (amélioration des grammages et recettes pour réduire le gaspillage, menus saisonniers mensuels, etc.) ; la distribution des repas (formation des agents à la nutrition et à l’accueil hôtelier, mise en place de kits de découpe pour réduire le gaspillage des fruits notamment, expérimentation de self-services, etc.) ; et la sensibilisation au développement durable (livret pédagogique, jeux éducatifs, spectacle vivant de sensibilisation, proposition de recettes pour les repas du soir, menus « écocitoyens » végétalien bi-hebdomadaire, menu végétarien hebdomadaire, expérimentations de tables de tri affichant la pesée des déchets, tri à table, barquette bio-compostables à la place du plastique, etc.).

19Cet article s’appuie sur un ensemble d’entretiens semi-directifs réalisés entre mai 2018 et juin 2019, série d’entretiens visant, pour chacune des innovations étudiées, à caractériser la genèse, les formes, la dynamique et les impacts des activités de l’innovation étudiée. Ces entretiens ont été complétés par une analyse des divers documents disponibles pour chacune des initiatives (comptes-rendus de réunions, mémoires d’étudiants, rapports internes, documents de communication) ainsi que par des observations in situ. Il s’appuie également sur les résultats des ateliers participatifs organisés en deux salves dans le cadre d’URBAL en novembre 2018 et décembre 2019 pour La Cagette, en juin 2019 et décembre 2019 pour Ma Cantine Autrement, ateliers visant à identifier les changements produits par les diverses actions menées sur la durabilité des systèmes alimentaires.

20La spécificité d’URBAL réside dans l’organisation d’un exercice multi-acteurs qui permet l’identification des modalités de changement initiées par les activités menées implique de caractériser les facilitateurs, conditions de réussites, freins, nécessités, leviers qui permettent de qualifier la diversité des impacts d’une innovation et donc sa capacité à amplifier cet impact dans une perspective de changement d’échelle. Les résultats issus d’URBAL invitent ainsi à réfléchir aux dispositifs, activités, instruments, existants ou à créer, qui permettent de s’assurer des effets à court, moyen et long termes (ou impacts) de l’innovation, c’est-à-dire d’expliciter les voies par lesquelles l’innovation peut contribuer à la transition vers des systèmes alimentaires plus durables.

21Par la suite, une deuxième série d’ateliers est organisée pour restituer et capitaliser les résultats obtenus. Dans le cas spécifique de la Cagette et MCA, il s’agissait d’interroger collectivement le positionnement et les pratiques du changement d’échelle des porteurs d’innovation. Les résultats de cet atelier qui rendent ainsi compte de l’intentionnalité des acteurs au regard du changement d’échelle, nourrissent le présent article.

22Enfin, pour ce qui concerne le cas d’étude MCA, l’article se base sur le travail en cours mené dans le cadre d’une thèse de doctorat portant sur les initiatives publiques de relocalisation des approvisionnements de la restauration collective et leur contribution à la transition vers des agricultures plus durables.

Résultats. Stratégies et actions du changement d’échelle

23La diversité des actions menées en direction du changement d’échelle par le supermarché La Cagette ou le programme MCA dessinent des stratégies diversifiées, impliquant scaling up, out ou deep, et une combinaison de ces processus impliquant, parfois, un ancrage territorial marqué. Nous les regroupons dans les deux tableaux ci-dessous et développons, dans la suite de cet article, une partie des actions recensées.

Tableau 1 : Objectifs et pratiques du changement d’échelle à Ma Cantine Autrement

Objectifs / valeurs énoncées – Ma Cantine Autrement

Transformer la restauration scolaire vers plus de durabilité, d’abord environnementale et nutritionnelle, ainsi que sociale (accès pour tous les élèves à des repas de bonne qualité nutritionnelle)

Changement d’échelle visé

Actions/dispositifs

Inspirer d’autres initiatives similaires (scaling out)

Actions de partage d'expérience avec d’autres collectivités

Communication autour des actions menées dans des arènes locale, nationale et internationale

Accroître l’ampleur et la portée des mesures engagées i.e. amélioration du dispositif existant (scaling out)

Accroissement progressif de la part de produits locaux et bio, i.e. accroître le nombre de producteur.rice.s locaux et/ou bio impliqués dans l’approvisionnement

Augmentation du nombre de repas végétariens ou végétaliens, proposition d’une option végétarienne permanente

Collaboration avec des communes de la métropole en vue de l’extension du programme à leur restauration scolaire

Transformer les valeurs et la culture des jeunes mangeurs (usagers) (scaling deep)

 

Actions de sensibilisation par le théâtre (spectacle « Opération Brocoli »)

Outils pédagogiques (3 mallettes de jeux, carte magnétique affichée dans les écoles et permettant de localiser l’origine des produits servis à la cantine livret pédagogique à destination des animateur.rices.s et des écolier.e.s rappelant les principes de l’alimentation durable)

Sensibilisation au gaspillage (tri des déchets à table par les enfants ; tables de tri avec pesée intégrée dans certaines écoles)

Extension du programme à l’ensemble des écoles de la ville

Proposition d’idées de menus du soir aux parents d’élèves

Communication à destination des habitant.e.s de la commune à travers des supports institutionnels (magazines, vidéos en ligne…)

Accroître l’impact sur l’agriculture locale ou régionale (scaling up)

Groupe multi-acteurs de structuration des filières locales : mutualisation de certaines actions (sourcing des producteur.rice.s et tableau partagé indiquant les besoins prévisionnels en produits bio pour l’année)

Ancrage territorial de l’approvisionnement via un allotissement plus fin, l’ajustement des critères d’octroi des marchés et l’accompagnement administratif des producteur.rice.s locaux

Implication dans la structuration d’une filière de pain bio et local couvrant l’ensemble de la production de pain

Accompagnement à la création d’une légumerie qui approvisionne d’autres structures de restauration collective sur le territoire

Certaines actions s’appliquent indifféremment à plusieurs objectifs de changement d’échelle. Par souci de lisibilité, nous ne les avons insérées qu’une seule fois, en regard du changement d’échelle auquel elles contribuent principalement.

Tableau 2 : Objectifs et pratiques du changement d’échelle à La Cagette

Objectifs / valeurs énoncées – La Cagette

(Entre crochets, des actions prévues mais non encore mises en œuvre)

Accès à une alimentation de qualité pour tous, réduction des inégalités alimentaires, réappropriation participative des enjeux de la consommation alimentaire en alternative à la grande distribution, sans versement de dividendes (but non lucratif)

Changement d’échelle visé

Actions/dispositifs

Accroître le nombre de membres de la coopérative (scaling out)

Agrandissement du magasin (option choisie après discussions, et privilégiée à la multiplication des lieux de vente)

[Création d’activités annexes : projet de bar-café notamment]

Diversifier le profil des membres (moins d’homogénéité parmi les membres) (scaling deep)

Intégration dans l’offre des produits d’entrée de gamme, aux côtés de produits bio et locaux

Marge unique et constante (23 %) projet de marge à 5 % sur une sélection de produits

Partenariat avec un institut médico-éducatif (IME) pour l’accueil de jeunes en situation de handicap parmi les membres, insertion par le bénévolat

Partenariat avec des associations d’aide aux migrant.e.s pour proposer l’accueil en tant que membres à de jeunes réfugié.e.s

Organisation de visites du supermarché par des habitant.e.s d’un quartier prioritaire et des bénéficiaires du Secours Populaire

Possibilité, sans demande de justificatifs, de devenir membre en ne souscrivant qu’une seule part de capital au lieu de dix (ce qui revient à une entrée à 10 € au lieu de 100 €)

Organisation d'événements dans l’espace public autour de la cuisine et de la convivialité alimentaire (cantine de quartier, ateliers culinaires…)

Transformer les pratiques de consommation des membres (scaling deep)

Proposition de fruits et légumes frais uniquement bio et, au maximum, locaux à des prix particulièrement concurrentiels aux côtés de produits transformés d’entrée de gamme

Organisation d’ateliers culinaires internes à La Cagette et de dégustation de produits, parfois avec les producteur.rice.s

Essaimer des valeurs, inspirer d’autres initiatives similaires, coopérer à l’échelle territoriale autour de valeurs partagées (scaling out et scaling deep)

Accompagnement d’une initiative similaire en gestation par la mise à disposition d’outils et de compétences (La Crèmerie à Clapiers)

Échanges d’expérience avec d’autres initiatives similaires à l’échelle nationale (ex. : partage d’outils informatiques et de méthodes de gestion avec d’autres initiatives similaires)

Établissement de partenariats de solidarité à l’échelle territoriale (collecte de denrées avec les Banques alimentaires, partenariat avec l’IME) - d’autres initiatives sont à l’étude

Réplication de l’innovation dans un quartier à la sociologie différente, avec un groupe de porteur.se.s aux profils sociologiques différents

Contribuer à la structuration de filières agricoles durables sur le territoire

(scaling up)

Ensemble de dispositifs visant à privilégier et soutenir des petits producteur.rice.s locaux, directement (contractualisation, fixation de prix d’achat, aide à la professionnalisation) ou indirectement (incitations des membres à acheter en priorité ces produits)

24Pour La Cagette, penser et agir pour le changement d’échelle semble prendre deux voies principales : celle de l’élargissement du public originel et celle de l’établissement d’alliances et coopérations entre innovations au sein d’un territoire, le soutien des pouvoirs publics, même s’il a jusqu’à maintenant été peu sollicité, étant néanmoins considéré dans les deux cas comme un facteur d’accompagnement fondamental.

25Pour MCA, il s’agit de la même façon de suivre une double voie : amplifier la portée de l’action par une extension des mesures prises par le programme et contribuer à un essaimage en particulier via une dynamique de coopération, notamment avec des cantines scolaires avoisinantes, dans une perspective d’ancrage territorial du changement d’échelle.

26Nous développons dans les sous-sections suivantes une analyse transversale de ces résultats.

« Grandir » : accroître le nombre de personnes touchées par l’initiative.

27L’un des principales voies du changement d’échelle est basée sur l’accroissement du nombre de personnes directement concernées par l’innovation. Le changement d’échelle peut être ainsi abordé sous l’angle de l’inclusion sociale, une notion certes plus fréquemment associée à celle de justice sociale. Au-delà des enjeux d’équité et de lutte contre l’exclusion, l’inclusion sociale est cependant aussi l’un des leviers du changement d’échelle. En effet, la contribution des innovations à la transition écologique passe par leur capacité à toucher le maximum de personnes, et à ne pas rester réservées à une minorité, souvent de privilégiés.

28À La Cagette, la volonté d’inclusion sociale - atteindre un plus grand nombre de mangeur.se.s - s’accompagne d’un souci explicite d’inclure des membres à faibles revenus. L’objectif de « proposer une alternative à la grande distribution accessible à toutes et tous et lutter contre les inégalités alimentaires » a conduit notamment à ne pas référencer uniquement des produits biologiques et/ou locaux, souvent plus coûteux, mais aussi à intégrer dans l’offre des produits d’entrée de gamme, afin d’attirer des adhérent.e.s aux profils variés. La gamme de spaghettis proposée matérialise cette politique d’inclusion. Il est ainsi possible d’acheter 500 grammes de spaghettis d’entrée de gamme à 57 centimes ou des spaghettis biologiques, sans gluten et à la farine de riz, à plus de 2,50 euros. Mais encore faut-il que des individus aux profils hétérogènes sollicitent le statut de membre. Or le recrutement à La Cagette est peu ciblé stratégiquement, il se fait principalement de proche en proche et conduit de ce fait à une certaine homogénéité sociale.

  • 2 Notons néanmoins qu’une politique d’inclusion est matérialisée dans le dispositif de tarification s (...)

29Pour MCA, l’enjeu est notamment de susciter l’adhésion des élèves aux nouvelles mesures engagées, dans une perspective de scaling deep, ce qui ne va pas de soi. La réception de l’une des actions du programme, à savoir la structuration d’une filière de pain biologique de proximité pour approvisionner à terme l’ensemble des 89 restaurants scolaires de la ville, illustre la difficulté à susciter cette adhésion. Des parents d’élèves ont dénoncé le coût de cette mesure, avançant la priorité de baisser le prix du repas. De la même façon, certains parents d’élèves voient dans l’introduction de menus sans aliments d’origine animale dans les cantines une manière de faire des économies sur le dos des usagers. Ils y voient aussi une privation de protéines animales pour les enfants alors que ces aliments sont particulièrement prisés et que certains publics, en particulier les foyers les plus modestes, manquent d’occasions d’en consommer chez eux. Bien qu’ils soient tous concernés par ces mesures, enfants et parents ne sont pas tous convaincus du bien-fondé des actions mises en œuvre. Plus encore, l’objectif d’inclusion sociale est susceptible d’être mis à mal par le caractère non discriminant des mesures prises : la diversité socioculturelle des profils des écoliers n’est pas prise en compte dans les mesures engagées. Un double risque en découle. La conception des mesures peut privilégier les valeurs des milieux sociaux qui savent le mieux se faire entendre. Tandis que l’accompagnement de leur réception par des publics divers peut être négligée2.

Coopérations territoriales

  • 3 Intercoop se présente comme le « réseau des réseaux francophones autour des transitions, de la coop (...)

30Une autre forme du changement d’échelle passe par des dynamiques de coopération, territoriale ou non. Le changement d’échelle se réalise par le tissage de relations et la mise en réseau d’acteurs et de groupes qui n’entretenaient pas nécessairement de relations auparavant. La Cagette entretient ainsi des relations régulières avec des structures amies, initiatives similaires présentes dans d’autres villes (La Louve à Paris, Bees coop à Bruxelles par exemple), ou initiatives différentes mais partageant une même préoccupation pour l’alimentation durable (épiceries solidaires, zéro déchet par exemple) avec qui elle développe un partage d’expériences, d’outils et de compétences. La coopération s’étend à des réseaux associatifs et militants, implantés localement ou non (cf. l’adhésion aux réseaux nationaux Alternatiba ou Intercoop3) et non directement liés à la question alimentaire : réseaux écologistes, végétariens, de défense des migrant.e.s, d’aide aux personnes handicapées… Enfin, cette mise en réseau passe aussi par l’enrôlement de nouveaux membres coopérateurs à travers l’organisation d’événements ouverts au public.

31Pour Ma Cantine Autrement, le changement d’échelle passe également par la participation à des groupes et réseaux nationaux et internationaux, autour de la restauration collective durable. Montpellier fait partie des grandes villes françaises pionnières sur ces questions et contribue à la diffusion du modèle via des partages d’expériences avec d’autres acteurs privés ou publics de la restauration collective. La ville de Montpellier est ainsi signataire du Pacte de politique alimentaire urbaine de Milan (MUFPP ou Milan Urban Food Policy Pact), initié en octobre 2015, à l’occasion de l’Exposition Universelle de Milan consacrée au thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». Ce pacte, signé par plus de 200 maires de grandes villes à travers le monde, fonctionne comme un réseau de connaissance (Blay-Palmer, Sonnino et Custot, 2016). Si les engagements pris par les villes ne sont soumis à aucun cadre contraignant, les expériences développées par les villes en vue de promouvoir « des systèmes alimentaires durables et résilients, à offrir à tous des aliments de qualité et accessibles, à protéger la biodiversité et à lutter contre le gaspillage alimentaire » sont partagées au sein du réseau et au-delà. MCA a ainsi obtenu un prix spécial en 2019 pour son action dans le champ “Food Supply & Distribution”, contribuant ainsi à la circulation de modèles innovants.

32Parallèlement, le partage d’expérience se réalise de manière directe avec des collectivités qui sont moins avancées dans la démarche de transition vers une restauration collective plus durable. Le directeur de la cuisine centrale de Montpellier a participé, à titre d’exemple, à une table ronde organisée dans le cadre du Festival Nourrir Liège 2021, dans la perspective de partager l’expérience montpelliéraine avec les acteur•rice•s publics et privés de la restauration collective belge.

Ancrage territorial du changement d’échelle

33Qu’en est-il de la dimension proprement territoriale du changement d’échelle ? Force est de constater que les différentes formes de changement d’échelle de ces deux innovations s’articulent au sein d’un même territoire d’action, celui de l’agglomération montpelliéraine et de ses alentours, celui-ci accueillant une grande diversité d’initiatives dans le champ agri-alimentaire aux nombreuses interactions, formelles et informelles.

34La Cagette, dans une perspective d’essaimage, accompagne ainsi, par le partage de compétences et d’outils, la création d’un autre supermarché coopératif, la Crèmerie, dans la zone périurbaine du Nord de Montpellier, contribuant ainsi à une insertion territoriale progressive du modèle du supermarché coopératif. Comme évoqué précédemment, cet essaimage passe aussi par des dynamiques de coopération avec des structures amies implantées localement mais actives dans d’autres domaines : des projets de partenariats sont en réflexion en lien avec les structures d’aide alimentaire à l’échelle de la métropole de Montpellier. Plus généralement, l’ensemble de dispositifs visant à privilégier et à soutenir des producteur•rice•s locaux, directement (fixation de prix d’achat, aide à la professionnalisation) ou indirectement (incitations des membres à acheter en priorité ces produits) participe à la construction de relations de confiance et de longue durée, qui soutiennent les transitions agro-écologiques à l’échelle du territoire régional d’approvisionnement.

  • 4 Interprofession des entreprises bio de la région Occitanie.
  • 5 Fédération associative qui accompagne des projets collectifs en faveur d’une agriculture et d’une a (...)
  • 6 Membre du CIVAM Occitanie, c’est une association qui appuie différentes formes d'initiatives pour l (...)

35Dans le cas de MCA, la Direction de la Politique Alimentaire de la ville de Montpellier anime un groupe de travail multi-acteurs orienté vers la structuration de filières locales pour l’approvisionnement des cuisines de la restauration collective de la Métropole. Le directeur de la cuisine centrale de Montpellier, la Chambre d’Agriculture du département, Océbio4, le FR CIVAM5, le CIVAM bio de l’Hérault6, le marché d’intérêt national de Montpellier, les autres communes de la Métropole en gestion directe et les prestataires privés des communes en gestion déléguée se rencontrent ainsi régulièrement autour de discussions pour faire rencontrer l’offre et la demande concernant les achats de produits bio et de proximité pour la restauration collective.

36Le partage des besoins (quantités et type de conditionnement) en produits bio et locaux des structures de la restauration collective du groupe permet de mutualiser l’opération de sourcing (référencement des producteurs de proximité selon les type et la quantité de produits disponibles), de favoriser le regroupement de producteur•rice•s pour répondre aux commandes publiques qu’ils ne pourraient honorer seuls et d’échanger les informations concernant l’offre avec les organismes d’accompagnement agricole qui connaissent les agriculteur•rice•s de la région.

37Les pratiques de la Ville de Montpellier sont ainsi partagées avec les autres opérateur•rice•s de la restauration collective du territoire, dans une dynamique réciproque de partage de connaissances, pratiques et compétences qui vont dans le sens des approvisionnements en produits plus durables. Les rencontres de ce groupe mettent en relation des producteur•rice•s et des groupements de producteur•rice•s intéressés à travailler avec la restauration collective. Ceux-ci reçoivent l’appui d’organismes d’accompagnement, ce qui débouche sur des coopérations effectives ou d’identification de coopérations possibles. A titre d’exemple, l’accès aux membres de ce groupe crée pour ces producteur•rice•s des opportunités de marché au sein du groupe même (en répondant à des marchés publics ou en gré à gré selon le type de structure concernée) voire avec d’autres opérateurs du territoire - via l’accès aux informations concernant le fonctionnement des marchés publics, les besoins de la restauration collective, etc. diffusés dans le cadre des activités du groupe.

Compétitions territoriales

38Les pratiques de coopération sont à assortir d’une prise en compte des dynamiques potentielles de compétition entre les diverses initiatives sur un territoire. Celles-ci peuvent prendre deux formes différentes et affecter la causalité généralement positive entre changement d’échelle et transition vers une plus grande durabilité.

39D’une part, la multiplication d’initiatives dans un même domaine de compétences est susceptible de créer des phénomènes de compétition pour l’accès à des ressources, qu’elles soient foncières (lieux et quartiers d’implantation) ou financières (financements publics par exemple dans le cadre de structures principalement associatives), et de freiner la mobilisation des publics-cibles, par une offre trop diversifiée donc peu lisible, ou au contraire redondante. Par ailleurs, l’accès à des produits locaux peut aussi s’avérer rapidement concurrentiel, en particulier dans une agglomération comme celle de Montpellier, dont la périphérie agricole est limitée et largement occupée par la viticulture. La concurrence d’accès générée par la multiplication des innovations alimentaires sur le territoire pourrait favoriser une logique purement marchande, en contradiction avec l’éthique coopérative.

40D’autre part, la multiplication d’initiatives peut avoir des effets non désirés, non concordants avec les objectifs de durabilité initiaux. Par exemple, la prolifération de points de distribution d’aliments de qualité durable peut s’avérer non durable sur le plan économique et logistique, avec l’augmentation de l’encombrement des réseaux de transport et la multiplication des coûts de transaction, comme sur le plan environnemental, avec l’augmentation des temps de transport et en conséquence une augmentation de l’émission de gaz à effets de serre. Une réflexion sur ces effets de seuil apparaît cruciale pour tout porteur ou soutien d’une innovation. Les solutions passent via des processus horizontaux de coopération, et des processus verticaux de prise en charge des problèmes à l’échelle institutionnelle.

41Ces questionnements sur les effets contre-productifs du changement d’échelle ont été travaillés par un groupe de membres de La Cagette dans le cadre du projet URBAL. Les deux options principales s’offrant au supermarché en termes de changement d’échelle - agrandissement ou essaimage - ont ainsi été examinées, en lien avec l’un des objectifs d’action du supermarché : contribuer à la structuration de filières locales d’approvisionnement durables.

42La question de l’impact environnemental de multiples livraisons de faibles volumes de produits interroge tant dans la perspective d’un essaimage que d’un agrandissement. Si la mise en place d’une plate-forme logistique permettant de mutualiser les achats et/ou les livraisons avec d’autres structures amies semble irréaliste à court terme, d’autres formes de mutualisation ou de partage sont à penser à l’échelle territoriale (entrepôt partagé par exemple).

43L’amplification de l’impact sur les filières durables pourrait aussi prendre la voie d’un développement d’infrastructures intermédiaires entre les producteurs et La Cagette (ou d’autres acheteurs locaux). Pour la filière viande, le manque d’abattoirs et d’ateliers de découpe est criant dans la région, ainsi que le manque de compétences marchandes d’une partie des petits producteurs. La problématique est moindre pour la filière légumes (le marché d’intérêt national de Montpellier dispose par exemple d’une légumerie et d’une conserverie) mais la gestion des surplus de production fréquents à des dates estivales, nécessiteraient la mise en place de structures de transformation encore insuffisantes aujourd’hui.

44Ces observations conduisent à souligner à nouveau l’importance d’une implication active des politiques publiques dans le changement d’échelle : autorisation des abattages à la ferme, amélioration des abattoirs existants via une allocation de budgets conséquents, formation des producteurs, facilitation de l’accès au foncier pour les agriculteurs locaux sont autant de conditions nécessaires qui passent par un scaling up, complétant la diversité des actions de scaling out et deep menées par les innovations sociales.

Discussion et conclusion

  • 7 Quelle que soit sa forme, un changement d’échelle, via les alliances et les sorties du périmètre in (...)

45Les formes du changement d’échelle analysées dans cet article pour les deux cas d’étude montpelliérains, La Cagette et Ma Cantine Autrement, sont diverses et articulent les trois perspectives du scaling up, out et deep. Cette articulation s’exerce aussi à l’échelle territoriale, par le biais de processus de coopération, et parfois de compétition, qui mettent en relation les innovations sociales, et les acteurs, au-delà des frontières strictes de leur champ d’action7.

46Cette diversité et complémentarité des formes de scaling va dans le sens d’une conception plurielle du changement d’échelle et de son ancrage territorial. Ainsi, c’est une nouvelle dimension que nous proposons de considérer pour analyser les trois processus de scaling out, up et deep, et leurs interactions, dimension que nous nommerons scaling here. Cette quatrième forme du changement d’échelle, intégratrice des trois précédentes, permet de penser les voies possibles et les écueils de la transition, en référence à une définition contextualisée de la durabilité (Moragues-Faus et Marceau, 2018), et non sur la base d’un référentiel supposément universel, mais inattentif aux caractéristiques des territoires.

47Penser et agir pour la transition vers plus de durabilité implique ainsi de multiplier et diversifier les actions tout en les pensant dans une perspective territoriale, c’est-à-dire spatialisée, multi-acteurs, multi-sectorielle et multi-dimensionnelle (CIRAD, 2019). Ceci mène à articuler des actions portant sur les différentes composantes du système alimentaire, de la production à la gestion du gaspillage alimentaire, et permettant d’assurer un maillage du territoire (et non de se focaliser seulement sur quelques zones privilégiées). C’est en partie la mission octroyée aux Projets alimentaires territoriaux (PAT), projets collectifs de territoire sur l’alimentation qui répondent « à de multiples enjeux : économique (maintien de la valeur ajoutée sur le territoire...), social (création de lien social...), environnemental (préservation de l’eau et des paysages...), sanitaire (lutte contre l’obésité...), et culturel (valorisation du patrimoine gastronomique, etc.) » (Maréchal, Noël, Wallet, 2018). Mais les PAT ne peuvent constituer la seule réponse aux enjeux systémiques et complexes qu’impose une action en faveur de la transition des systèmes alimentaires, surtout lorsque ceux-ci s’inscrivent finalement dans la continuité de politiques agricoles historiquement dominantes et deviennent un instrument de politique agricole locale de plus, comme le soulignent Maréchal, Noël, Wallet (2018). D’autres limites ont été montrées par ces auteurs, qui pointent le risque d’une bureaucratisation du dispositif peu propice à l’innovation ou à la rupture, ou la surreprésentation dans le processus de concertation d’acteurs représentant le système dominant.

48Ainsi, au-delà de la volonté et de l’engagement politiques, essentiels, le rôle des arènes multi-acteurs, et notamment des mouvements citoyens dans la structuration de ces stratégies (Perrin et Soulard, 2014) est fondamental. Cela inclut la mobilisation ou la prise en considération des différents types d’acteurs impliqués dans le système alimentaire, soit les producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, mais aussi les acteurs de l’innovation et ceux qui contribuent au changement d’échelle à proprement parler : société civile, recherche et pouvoirs publics. Les nouvelles formes de connectivité et d'autonomie parmi ces différents acteurs pose de nouvelles questions quant à savoir si et comment ces nouvelles alliances sont transformatrices. Le potentiel émancipateur du translocalisme a certes été souligné (Moragues-Faus et Sonnino 2019), montrant combien la circulation et l’échange de connaissances, de pratiques et de ressources par-delà le cercle clos des territoires locaux permet aux mouvement sociaux de recomposer des chemins de développement et de transition. Néanmoins Beckie et al. (2012) soulignent les bénéfices du clustering soit ceux de la co-présence géographique d’une diversité d’initiatives, cumulés à ceux apportés par les opportunités de collaboration, coopération, partage de ressources et de compétences à l’échelle territoriale. Les auteurs rejoignent ici nombre des postulats de l’économie régionale et de la théorie des agglomérations (Porter, 1998 pour n’en citer qu’un), et des travaux sur l’innovation et le développement économique développés à partir des années 1980 (Rallet et Torre, 1999), en les transposant au cas particulier, et largement moins étudié, des innovations sociales.

49Pour comprendre l’ancrage territorial des dynamiques du changement d’échelle, la notion spécifique d’active clustering, mobilisée par Beckie et al., peut ainsi être utilement mobilisée. Elle insiste sur la nécessité de prendre en compte les interactions entre acteurs de l’innovation, le partage de connaissance, la construction de confiance et la coopération, pour comprendre le rôle actif joué par les acteurs dans l’émergence d’un environnement de plus en plus propice à la transition vers une plus grande durabilité. Ainsi le changement d’échelle est-il aussi et surtout fonction de la qualité de partenariats alimentaires territoriaux fondés sur la recherche participative de consensus autour de valeurs (Moragues-Faus 2020).

50AUDET R., 2015, Le champ des sustainability transitions : origines, analyses et pratiques de recherche, Cahiers de recherche sociologique, n° 58, p. 73-93. < http://dx.doi.org/​10.7202/​1036207ar I

Haut de page

Bibliographie

BARRET D., BLUNDO CANTO G., DABAT M.-H., DEVAUX-SPATARAKIS A., FAURE G., HAINZELIN E., MATHÉ S., TEMPLE L., TOILLIER A., TRIOMPHE B., 2017, Guide méthodologique ImpresS. Évaluation ex post des impacts de la recherche agronomique dans les pays du Sud, CIRAD.

BECKIE M. A., KENNEDY E. H., WITTMAN H., 2012, Scaling up alternative food networks: Farmers’ markets and the role of clustering in western Canada, Agriculture and Human Values, vol. 29, n° 3, p. 333-345.

BINZ C., COENEN L., MURPHY J. T., TRUFFER B., 2020, Geographies of transition—From topical concerns to theoretical engagement: A comment on the transitions research agenda, Environmental Innovation and Societal Transitions, 1 mars 2020, vol. 34, p. 1‑3. < http://dx.doi.org/10.1016/j.eist.2019.11.002 >

BLAY-PALMER A., SONNINO R., CUSTOT J., 2016, A food politics of the possible? Growing sustainable food systems through networks of knowledge, Agriculture and Human Values, vol. 33, n° 1, p. 2743.

BOUCHARD M. J., EVERS A., FRAISSE L., 2015, Concevoir l’innovation sociale dans une perspective de transformation, Sociologies pratiques, n° 2, p. 9‑14.

BRAND C., 2015, Alimentation et métropolisation : repenser le territoire à l’aune d’une problématique vitale oubliée, PhD Thesis, Université Grenoble Alpes ; Laboratoire PACTE, UMR 5194,

BRICAS N., BARLES S., BILLEN G., ROUTHIER J. L., 2017, Les enjeux de l’urbanisation pour la durabilité des systèmes alimentaires, in BRAND C., BRICAS N., CONARE D., DAVIRON B., DEBRU J., MICHEL L., SOULARD C.-T. (eds.), Construire des politiques alimentaires urbaines. Concepts et démarches, Versailles, Quae, p. 19‑41.

CIRAD. AGRICULTURAL RESEARCH FOR DEVELOPMENT, 2019, Fostering Territorial Perspectives for Development: Towards a Wider Alliance, Montpellier, 8 p.

DOUTHWAITE B., KUBY T., VAN DE FLIERT E., SCHULZ S., 2003, Impact pathway evaluation: an approach for achieving and attributing impact in complex systems, Agricultural systems, vol. 78, n° 2, p. 243-265.

DUBBELING M., BRACALENTI L., LAGORIO L., 2009, Participatory design of public spaces for urban agriculture, Rosario, Argentina, Open House International.

FRIEDMANN H., 2007, Scaling up: Bringing public institutions and food service corporations into the project for a local, sustainable food system in Ontario, Agriculture and Human Values, vol. 24, n° 3, p. 389-398.

GASSELIN P., LARDON S., CERDAN C., LOUDIYI S., SAUTIER D., VAN DER PLOEG J. D., 2021, Coexistence et confrontation des modèles agricoles et alimentaires, Versailles, éditions Quae, 396 p.

GEELS F. W., SCHOT J., 2007, Typology of sociotechnical transition pathways, Research policy, vol. 36, n° 3, p. 399-417.

GEELS F. W., SOVACOOL B. K., SCHWANEN T., SORRELL S., 2017, The Socio-Technical Dynamics of Low-Carbon Transitions, Joule, vol. 1, n° 3, p. 463-479. < http://dx.doi.org/10.1016/j.joule.2017.09.018 >

GENUS A., COLES A.M., 2008, Rethinking the multi-level perspective of technological transitions. Research policy, vol. 37, n° 9, p. 1436-1445.

GONIN A., 2021, Transition agro-alimentaire, Géo-confluences. Glossaire. http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/transition-agro-alimentaire

HANSEN T., COENEN L., 2015, The geography of sustainability transitions: Review, synthesis and reflections on an emergent research field, Environmental innovation and societal transitions, vol. 17, p. 92‑109.

HILLIER J., MOULAERT F., NUSSBAUMER J., 2004, Trois essais sur le rôle de l’innovation sociale dans le développement territorial, Géographie, économie, société, vol. 6, n° 2, p. 129-152.

KÖHLER J., GEELS F. W., KERN F., MARKARD J., ONSONGO E., WIECZOREK A., ALKEMADE F., AVELINO F., BERGEK A., BOONS F., FÜNFSCHILLING L., HESS D., HOLTZ G., HYYSALO S., JENKINS K., KIVIMAA P., MARTISKAINEN M., MCMEEKIN A., MÜHLEMEIER M. S., NYKVIST B., PEL B., RAVEN R., ROHRACHER H., SANDÉN B., SCHOT J., SOVACOOL B., TURNHEIM B., WELCH D., WELLS P., 2019, An agenda for sustainability transitions research: State of the art and future directions, Environmental Innovation and Societal Transitions, 1 juin 2019, vol. 31, p. 1‑32. < http://dx.doi.org/10.1016/j.eist.2019.01.004 >

LAMINE C., 2012, «  Changer de système  »  : une analyse des transitions vers l’agriculture biologique à l’échelle des systèmes agri-alimentaires territoriaux, Terrains travaux, 23 mai 2012, vol. n° 20, n° 1, p. 139-156.

LAMINE C., BUI S., OLLIVIER G., 2015, Pour une approche systémique et pragmatique de la transition écologique des systèmes agri-alimentaires, Cahiers de recherche sociologique, n° 58, p. 95-117.

MARÉCHAL G., NOËL J., WALLET F., 2018, Les projets alimentaires territoriaux (PAT) : entre rupture, transition et immobilisme ?, Pour, vol. 234‑235, n° 2‑3, p. 261‑270. < http://dx.doi.org/10.3917/pour.234.0261 >

MAYNE J., JOHNSON N., 2015, Using theories of change in the CGIAR Research Program on Agriculture for Nutrition and Health, Evaluation, vol. 21, n° 4, p. 407-428.

MOORE M.-L., RIDDELL D., VOCISANO D., 2015, Scaling out, scaling up, scaling deep: strategies of non-profits in advancing systemic social innovation, Journal of Corporate Citizenship, n° 58, p. 67-84.

MORAGUES-FAUS A., MARCEAU A., 2019, Measuring progress in sustainable food cities: An indicators toolbox for action, Sustainability, vol. 11, n° 1, p. 45.

PERRIN C., SOULARD C.-T., 2014, Vers une gouvernance alimentaire locale reliant ville et agriculture. Le cas de Perpignan, Géocarrefour, vol. 89, n° 89/1‑2, p. 125‑134.

PORTER M. E., 1998, Clusters and the new economics of competition, Harvard Business Review Boston, vol. 76, p. 77-890

RALLET A., TORRE A., 1999, Is geographical proximity necessary in the innovation networks in the era of global economy? GeoJournal, vol. 49, n° 4, p. 373-380.

RAVEN R., SENGERS F., SPAETH P., XIE L., CHESHMEHZANGI A., DE JONG M., 2019, Urban experimentation and institutional arrangements, European Planning Studies, vol. 27, n° 2, p. 258‑281.

REARDON T., 2015, The hidden middle: the quiet revolution in the midstream of agrifood value chains in developing countries, Oxford Review of Economic Policy, vol. 31, n° 1, p. 45-63.

REYNOLDS B., 2009, Feeding a world city: The London food strategy, International planning studies, vol. 14, n° 4, p. 417-424.

ROUDELLE O., 2019, Les impacts d’un projet de restauration collective « durable », Toulouse, ISTHIA, Université Toulouse Jean Jaurès, 274 p.

SMITH A., VOSS J.-P., GRIN J., 2010, Innovation studies and sustainability transitions: The allure of the multi-level perspective and its challenges, Research Policy, 1 mai 2010, vol. 39, n° 4, p. 435-448. < http://dx.doi.org/10.1016/j.respol.2010.01.023 >

Un-Habitat, & United Nations Human Settlements Programme, 2011, Cities and climate change: global report on human settlements, Londres, Routledge.

VAN DEN BOSCH S., ROTMANS J., 2008, Deepening, Broadening and Scaling up: a Framework for Steering Transition Experiments., Knowledge Centre for Sustainable System Innovations and Transitions (KCT), < http://hdl.handle.net/1765/15812 >

WERTHEIM-HECK S. C., SPAARGAREN G., VELLEMA S., 2014, Food safety in everyday life: Shopping for vegetables in a rural city in Vietnam, Journal of Rural Studies, vol. 35, p. 37-48.

WESTLEY F., OLSSON P., FOLKE C., HOMER-DIXON T., VREDENBURG H., LOORBACH D., THOMPSON J., NILSSON M., LAMBIN E., SENDZIMIR J., 2011, Tipping toward sustainability: emerging pathways of transformation, Ambio, vol. 40, n° 7, p. 762-780.

Haut de page

Notes

1 À partir de quatorze cas d’étude dans le monde, URBAL (2018-2022) a développé et testé une démarche de suivi et d’évaluation des impacts des innovations alimentaires urbaines sur différentes dimensions de la durabilité des systèmes alimentaires : environnementale, économique, socioculturelle, de santé nutritionnelle et de sécurité alimentaire, enfin de gouvernance. Alors que les méthodes quantitatives d’évaluation d’impact se multiplient, elles s’avèrent souvent inopérantes dans le cas d’innovations, récentes, souvent de petite taille et qui, pour la plupart, disposent de peu de ressources pour le suivi et l’évaluation (temps, argent, compétences). URBAL propose une autre forme d’évaluation, qualitative et participative, principalement basée sur des ateliers multi-acteurs au cours desquels sont identifiés les changements produits par les activités de l’innovation à court, moyen et long terme. Cette méthodologie s’inspire de la théorie du changement (Mayne & Johnson, 2015) et des démarches de l’impact pathway assessment (Douthwaite et al., 2003), notamment de l’approche Impress développée au Cirad (Barret et al., 2017). Cette méthodologie a été conçue pour accompagner les acteurs de terrain, publics ou privés, dans leur réflexion stratégique sur la durabilité de leurs actions.

2 Notons néanmoins qu’une politique d’inclusion est matérialisée dans le dispositif de tarification sociale progressive, dont le plancher a récemment encore été abaissé par la nouvelle équipe municipale élue en 2020. Cette tarification ne fait cependant pas officiellement partie des mesures du programme MCA.

3 Intercoop se présente comme le « réseau des réseaux francophones autour des transitions, de la coopération, de l'intelligence collective et des pratiques collaboratives » ; Alternatiba comme « un mouvement citoyen de mobilisation sur le dérèglement climatique », qui promeut des initiatives alternatives.

4 Interprofession des entreprises bio de la région Occitanie.

5 Fédération associative qui accompagne des projets collectifs en faveur d’une agriculture et d’une alimentation dites « durables ».

6 Membre du CIVAM Occitanie, c’est une association qui appuie différentes formes d'initiatives pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique du département de l’Hérault.

7 Quelle que soit sa forme, un changement d’échelle, via les alliances et les sorties du périmètre initial, parfois défini de manière radicale, qu’il implique, s’avère ainsi une opération toujours délicate pour les innovations. Il pose la question de l’assouplissement de certains principes initiaux de l’innovation, au risque d’éroder ses valeurs originelles, et de se mettre en porte-à-faux avec des acteurs historiquement engagés.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Elodie Valette, Olivier Lepiller et Veronica Bonomelli, « Des innovations à la transition des systèmes alimentaires : comment penser les conditions et les modalités de leur changement d’échelle ?  »Géocarrefour [En ligne], 96/3 | 2022, mis en ligne le 13 décembre 2022, consulté le 04 septembre 2023. URL : http://journals.openedition.org/geocarrefour/20498 ; DOI : https://doi.org/10.4000/geocarrefour.20498

Haut de page

Auteurs

Elodie Valette

CIRAD, UMR Art-Dev, F-34398 Montpellier Art-Dev, Univ Montpellier, CIRAD, Montpellier, France elodie.valette@cirad.fr

Articles du même auteur

Olivier Lepiller

CIRAD, UMR Moisa, Univ Montpellier, CIRAD, Montpellier, F-34398 Montpellier olivier.lepiller@cirad.fr

Veronica Bonomelli

Université Libre de Bruxelles, CECID, Av. Jeanne 44 1050 Bruxelles (Belgique) - Doctorante FNRS veronica.bonomelli@ulb.be

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Creative Commons - Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International - CC BY-SA 4.0

https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search